Didier, enseignant de Français au secondaire 2 fribourgeois, nous partage directement ci-dessous son expérience dans l’accompagnement des ses classes à distance. Un tout grand merci à lui pour son texte et une bonne continuation.

La fermeture des écoles annoncée le 13 mars a modifié d’un jour à l’autre les habitudes d’enseignement et a engendré un certain nombre de questions relatives à l’enseignement à distance (EAD). Comment mettre en place cet EAD ? Comment communiquer avec les étudiant-e-s ? Comment s’assurer de l’apprentissage des étudiant-e-s ? Comment soutenir la motivation des étudiant-e-s ? Comment organiser mon travail à distance (correction des travaux des étudiant-e-s, etc.) ? Ce court article propose un retour sur mon propre contexte d’enseignement (enseignement du français au secondaire 2 fribourgeois).

Mise en place

Moodle

Dès l’annonce de la fermeture des écoles, mon établissement a mis en place une plate-forme moodle qui m’a permis d’effectuer la transition vers l’enseignement à distance.

  • Une organisation hebdomadaire via le forum : via Moodle, le travail est organisé de façon hebdomadaire, chaque « section » correspondant ainsi à une semaine. Le lundi matin, je poste un message sur le forum du moodle dans lequel j’explique aux étudiant-e-s le programme de la semaine.
  • Devoir : les étudiant-e-s me remettent de devoirs écrits via moodle. Je peux ensuite télécharger tous les travaux en une seule fois, les corriger et déposer un feedback (sous la forme d’un commentaire sur moodle ou d’un PDF annoté).
Feedback pour une partie d’un devoir (PDF annoté)
  • Test : les étudiant-e-s répondent à des questionnaires (vrai/faux, QCM, appariement, texte à trous, etc.) et reçoivent une correction immédiate et une note formative. J’ai utilisé cela pour évaluer la compréhension d’une lecture (d’un chapitre ou d’une œuvre) ou la maîtrise du vocabulaire qui devait être entraîné durant les premières semaines d’EAD.
Exemples de questions posées via l’activité TEST de moodle.
Résultats obtenus par les étudiant-e-s à un questionnaire de lecture.
  • Word partagé (exercice de synthèse) : via Office 365, les étudiant-e-s complètent la partie du document WORD qui leur a été attribuée : ainsi, grâce au travail de chacun-e, une synthèse de l’œuvre étudiée sera mise à disposition (biographie de l’auteur, résumé d’une partie de l’œuvre, présentation d’un personnage, enjeux de l’œuvre, style de l’auteur, résumé de cours, résumé de vidéos, etc.).
  • Atelier (relecture par les pairs) : Cette activité de moodle est d’abord assez complexe à mettre en place et nécessite un certain temps pour une bonne prise en main, mais elle offre des possibilités très intéressantes, notamment pour l’enseignement du français. L’atelier se déroule en trois phases : 1. (phase de remise) les étudiant-e-s rédigent le texte demandé, 2. (phase d’évaluation par les pairs) les étudiant-e-s évaluent le travail de un ou plusieurs pairs à l’aide d’une grille d’évaluation mise à disposition par l’enseignant (les étudiant-e-s indiquent pour chaque critère le degré de maîtrise et rendent un feedback), 3. Correction de son propre texte avant de le remettre à l’enseignant. En évaluant le travail des pairs, les étudiant-e-s s’approprient les critères et en comprennent mieux les enjeux.
Les trois phases de l’atelier (1. Remise des travaux, 2. Évaluation des pairs, 3. Prise en compte du feedback des pairs)
Extrait de la grille critériée complétée par un-e étudiant-e
Exemples de feedback donné par les étudiant-e-s

Capsules vidéo

Difficile toutefois de progresser dans les apprentissages sans dispenser des enseignements théoriques. Si j’ai d’abord opté pour la rédaction de textes théoriques, je me suis rapidement rendu compte que le passage par l’oralité est une étape qui, pour certain-e-s étudiant-e-s, facilite la compréhension des notions. Je me suis alors intéressé aux capsules vidéo.

Pour réaliser une capsule vidéo, j’utilise l’application Powerpoint. Je prépare un powerpoint, puis j’enregistre ma présentation que j’exporte finalement au format mp4. Par intérêt personnel, je fais également un peu de montage vidéo via iMovie (coupe, insertion de musiques, de transitions, etc.), mais cette dernière étape n’est pas absolument nécessaire.

Jusqu’à maintenant, j’ai réalisé deux types de capsules vidéo :

  1. Capsule vidéo de méthodologie : comment rédiger un paragraphe de dissertation littéraire ? comment poser les axes d’analyse d’un texte ? comment poser ma problématique d’analyse de texte ? etc.
  2. Capsule vidéo de littérature : ces capsules portent davantage sur une thématique littéraire (le roman feuilleton, l’éducation sentimentale dans l’autobiographie, etc.).
Capsules vidéo (méthodologie et littérature)

La visioconférence

La fermeture des écoles se révélant de longue durée, il était nécessaire de maintenir également un contact direct grâce à la visioconférence.

Dans un premier temps, j’ai organisé des visioconférences de 25-30 minutes durant lesquelles je répondais aux questions des étudiant-e-s. Cela ne s’est pas révélé très concluant ; c’est pourquoi je profite maintenant de la visioconférence pour dispenser de « vrais » cours de 45 minutes. Durant ces moments en direct, j’attire l’attention des étudiant-e-s sur des points théoriques qui ne sont pas encore maîtrisé, je donne un moment pour faire un exercice (individuellement ou en groupe), puis nous procédons à une correction en commun. Pour que ces sessions soient utiles, je les place en milieu de semaine : ainsi, les étudiant-e-s peuvent s’y préparer et la participation à la visioconférence les aidera à réaliser le travail à rendre en fin de semaine.

Un équilibre entre synchrone et asynchrone

L’EAD a nécessité de repenser l’enseignement en partie synchrone et asynchrone. J’ai eu de la difficulté à trouver cet équilibre, notamment parce que je n’étais pas à l’aise avec la visioconférence (la gestion de classe n’est pas tout à fait la même !). Néanmoins, une fois que cette étape a été franchie, cela m’a permis de donner plus de sens aux activités asynchrones.

Durant la correction des travaux (PDF annoté, test formatif via moodle, synthèse collaborative), j’identifie les difficultés récurrentes et j’organise ensuite les sessions synchrones pour répondre à ces difficultés.

Communication avec les étudiant-e-s et motivation

La communication entre l’enseignant et les étudiant-e-s se fait essentiellement via courriels ou durant les visioconférences (individuellement, par groupe, avec toute la classe).

Afin de favoriser les échanges entre les étudiant-e-s, des activités de collaboration ont été mises en place, notamment l’atelier moodle et les travaux de groupe (exposé, travaux de groupe par visioconférence, etc.).

Afin de soutenir leur motivation, j’ai essayé de proposer des activités variées, tant en ligne que durant les visioconférences, et de leur fournir un support théorique motivant via des capsules vidéo.

Il m’est toutefois difficile de dire en quoi ces éléments ont pu soutenir leur motivation ou non : reste que le travail fourni est régulier et que la participation des étudiant-e-s durant les visioconférences est plutôt élevée, deux éléments qui sont des signes réjouissants.

En guise de conclusion

Si c’était à refaire, je mettrais plus rapidement en place la visioconférence pour trouver un bon équilibre entre synchrone et asynchrone.

Ces premières semaines d’EAD à distance m’ont beaucoup appris : j’ai trouvé intéressant de me demander comment enseigner dans ces conditions et les défis techniques, quoique parfois décourageants, m’ont globalement intéressé.

Néanmoins, l’enseignement de la littérature reste une rencontre autour d’un texte et je me réjouis que ces échanges, tout imprévisibles, spontanés, déroutants, étonnants, fulgurants et merveilleux qu’ils sont, puissent à nouveau avoir lieu…