Strasbourg, 17 mars 2020. Georges, le fils du photographe Pascal Bastien, n’en peut plus de ses devoirs de CE1. Photo Pascal Bastien. Divergence

Des voix toujours plus fortes tirent la sonnette d’alarme par rapport à  l’apprentissage à distance et la fracture sociale qu’elle peut exacerber. Sans cadre clair, certain-e-s enseignant-e-s se sont lancés dans des pratiques numérisées de haut vol (voir TJ 19h30 du 24.03.2020), d’autres ne savent pas vraiment comment assurer la continuité pédagogique hors de la salle de classe.  Les enseignant.e.s témoignent. S’il y des familles chez qui la routine de travail est bien en place, il y a aussi de nombreuses familles qui ne se manifestent pas : on ne sait pas ce qui s’y passe et comment on s’y organise scolairement. Comme le lien « avec le système » était déjà difficile à maintenir avant la fermeture des classes, on ne sait pas comment interpréter le silence: manque d’équipement informatique, absence de personnes susceptibles d’accompagner le travail scolaire,  barrière de la langue et la précarité ?

La SPV a travaillé avec l’Apé-Vaud et les autres associations professionnelles pour produire des recommandations concernant l’enseignement à distance. Les associations professionnelles exhortent le système scolaire à ne planifier que du travail de renforcement et des révisions durant la période de fermeture des classes. Le DFJC semble leur donner raison en publiant à son tour des recommandations de travail.

Dans un article du Journal LIbération, Philippe Meirieu définit la problématique: « Le vrai défi est là : faire tout ce qui est possible pour maintenir le contact avec le plus grand nombre possible d’élèves, de manière régulière et collective, mais aussi en s’adaptant au mieux aux besoins de chacun. C’est difficile, surtout pour les enfants des familles les plus défavorisées, celles qui n’ont pas accès au numérique, mais aussi, plus largement, pour celles qui ne parviennent pas à accompagner la réussite de leurs enfants …. Bien avant cette crise, toutes les recherches avaient montré que le renvoi du travail à la maison était très inégalitaire. Aujourd’hui, le retour forcé de l’école à la maison risque de les faire exploser. Etre confiné à cinq dans un petit appartement ou travailler tranquillement dans une maison à la campagne avec des parents disponibles et une bibliothèque, cela n’a rien à voir ! Cette crise réinterroge l’école sur un point essentiel : comment donner vraiment en tout temps plus, et surtout mieux, à ceux qui ont moins ? » .